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April 18 Calendrier Lagunaire d'Aimé CésaireJ'habite une blessure sacrée
j'habite des ancêtres imaginaires
j'habite un vouloir obscur
j'habite un long silence
j'habite une soif irrémédiable
j'habite un voyage de mille ans
j'habite une guerre de trois cents ans
j'habite un culte désaffecté
entre bulbe et caïeu j'habite l'espace inexploité
j'habite du basalte non une coulée
mais de lave le mascaret
qui remonte la valleuse à toute allure
et brûle toutes les mosquées
je m'accomode de mon vieux de cet avatar
d'une version du paradis absurdement ratée
-c'est bien pire qu'un enfer-
j'habite de temps en temps une de mes plaies
chaque minute je change d'appartement
et toute paix m'effraie
j'habite donc une vaste pensée
mais le plus souvent je préfère me confiner
dans la plus petite de mes idées
ou bien j'habite une formule magique
les seuls premiers mots
tout le reste étant oublié
j'habite l'embâcle
j'habite la débâcle
j'habite le pan d'un grand désastre
j'habite le plus souvent le pis le plus sec
du piton le plus efflanqué -la louve de ces nuages-
j'habite l'auréole des cactacées
j'habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine
de l'arganier le plus désolé
à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte
bathyale ou abyssale
J'habite le trou des poulpes
je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe
La pression atmosphérique ou plutôt historique
agrandit démesurément mes maux
même si elle rend somptueux certains de mes mots
Edition Gallimard " Moi, laminaire "
April 17 Prophétie d'Aimé Césairelà où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois
là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux
là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève à rebours la face du temps
là où l'arc en ciel de ma parole est chargé d'unir demain à l'espoir et l'infant à la reine,
d'avoir injurié mes maitres mordu les soldats du sultan d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes
Je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant de la scène ourle un instant la lave de sa fragilee queue de paon puis se déchirant la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et je regarde en îles britanniques en îlots en rochers déchiquetés se fondre peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom
Edition gallimard " Les armes miraculeuses "
C'est un jour particulier
J'ai perdu un père, une fierté, une partie de mon âme
Que je ferais flamme
Certes c'est une perte pour la Martinique, pour Communauté Antillaise, pour la nation française
Mais c'est surtout un perte pour toute l'humanité
Car nous sommes tous des fils spirituel d'Aimé Césaire
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