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    September 28

    Celui qui a tout perdu ... de David Diop

     
                          I
     
    Le soleil riait dans ma case
    Et mes femmes étaient belles et souples
    Comme des palmiers sous la brise des soirs
    Mes enfants glissaient sur le grand fleuve
    Aux profondeurs de mort
    Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles
    La lune, maternelle, accompagnait nos danses
    Le rythme frénétique et lourd du tam-tam
    Tam tam de la Joie Tam-tam de l'insouciance
          Aux milieux des feux liberté
     
                         II
     
    Puis un jour, le silence
    Les rayons du soleil semblèrent s'éteindre
    Dans ma case vide de sens
    Mes femmes écrasèrent leurs bouches rouges
    Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d'acier
    Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible
    Pour l'uniforme de fer et de sang
    Vous n'êtes plus, vous aussi
    Tam-tam de mes nuits, Tam-tam de mes pères
    Les fers de l'esclavage ont déchiré mon coeur !
     
    Edition Présence Africaine
    September 23

    L'esprit du Gwoka, mon coeur qui bat

    Une nuit, une résonance
    Cette nuit, la délivrance
    La catharsis, une cérémonie
    Naissance au Bois Caïman
    De l’écho de notre résistance
    Déboulé reprise
     
    Le tamtam tonne le tonnerre solaire, lewoz de liberté
    Le crépusculaire monde des vivants est une camisole,
    Un voyage dans la consommation
    Où l’outrance est dans notre négation
    Leur commerce une destinée qui nous mène en bateau
    L’outrecuidance de ces oligarques, le pavillon
    Au quai du paquebot de la magnificence France démocratie
    Dans ces rencontres lunaires du corps et de l’âme, des hommes et des dames
    Le tamtam résonne le rassemblement, il est un fleuve, un torrent existentiel,
    Un python à la recherche de son oracle arpentant pour sa paix lagunaire
    Déboulé reprise
     
    Le gwoka plus qu’un esprit est notre double spirituel
    L’âme des neg’marrons, la mémoire de nos ancêtres
    Un espace intermédiaire, l’intemporalité temporelle
    L’enveloppe en mouvement de notre corps spiritueux qui galope vers les cieux
    Un passage obligé envoûtant ces mécréants perfusés dans notre inconscient
    Obstacles à notre développement
    L’intervalle sidéral du monde des vivants vers le monde des biens heureux
    Déboulé reprise
     
    Le tamtam fusionne les vérités contraires
    Au son du battement de nos cœurs
    Il est joie, il est pleur
    Fête la mise en scène théâtrale du courage
    Du refus de l’assujettissement
    Proche de l’enlisement et
    Le sens merveilleux de l’amusement
    Le tamtam rayonne notre ténébreuse vie
    Déboulé reprise
     
    Le gwoka est une technique, une discipline
    Sept rythmes pour nous soutenir sept jours sept nuits
    Le chanteur appelle à l’union la communauté présente
    Qui réponde dans une communion des chœurs
    Il appelle les tambouyés à le suivre à la vibration de notre vie
    Chante le blues de notre existence mangrove
    Des malheurs et des bonheurs qui parsèment
    Le parchemin de notre existence
    Le danseur entre dans la vie
    Le marqueur le suit et marque à l’unisson chacun de ses pas
    Le danseur est mélancoliquement souriant
    Titube parce que déchu, trébuche parce que désarçonné
    Maudit parce qu’avili mais toujours se relève
    Pour avancer droit devant
    L’harmonie est notre reine, l’improvisation notre roi
    Ce rassemblement une respiration,
    L’eau inondant notre corps de l’extrême onction
    Un palétuvier, rhizule de vie annihilant le violent ressac
    D’un royaume terrestre en désordre qui part en vrac
    Déboulé reprise
     
    Le gwoka c’est le respect, de toi de moi
    De la nature et tout ce qui vit ici bas
    Plus qu’une science
    Elle est une prise de conscience
    Qu’avant tout nous sommes
    Et resterons des Hommes
     
    Nous
    September 21

    Rama Kam de David Diop

    Me plait ton regard de fauve
    Et ta bouche à la saveur de mangue
                  Rama Kam
    Ton corps est le piment noir
    Qui fait chanter le désir
                  Rama Kam
    Quand tu passes
    La plus belle est jalouse
    Du rythme chaleureux de tes hanches
                  Rama Kam
    Quand tu danses
    Le tam tam Rama Kam
    le tam tam tendu comme un sexe de victoire
    Halète sous les doigts bondissants du griot
    Et quand tu aimes Rama Kam
    C'est la tornade qui tremble
    Dans ta chair de nuit  d'éclairs
    Et me laisse plein du souffre de toi
                  O Rama Kam
     
    Edition Présence Africaine
    September 16

    Loin de moi

    Un baiser, un soupir
    Une rosée, un désir
    Tendrement esquissées
    Tes jarretelles pétales de marguerite
    Tes dentelles étoiles de météorite
    Sensiblement contées
    Loin de moi
    Je pense à toi
     
    Notre amour une éclipse
    Filante dans la galaxie
    Ressentir ton absence
    Une étincelle d'été
    Une comète pensée
    Rêver ta présence
    Loin de toi
    Je pense à toi
     
    Un battement de tes sourcils
    Réveille tout mon univers
    Merveilleuse est notre terre
    Un tremblement subtil sera notre vie
     
    Nous
    September 13

    Reconnaissance de David Diop

    O vous qui avez inventé
    Fer à repasser
    Bouton de col
    Epingle à nourrice
    Lunette de soleil
    Eau courante
    Bidet
    Préservatif
    Bordel
    Pédéraste
    Traite des Noirs
    Commerce de Blanches
    Chaise électrique
    Guillotine
    Lynchage
    Canon
    Avion
    Bombe atomique
    Ma race vous crie : " Merci ! "
    Au nom de la ci-vi-li-sa-tion!
    September 07

    Aux portes de ma beauté

    Donnez-moi les clefs de ma liberté
    Mon corps est assoiffé sous cet été caniculaire de mes sens
    Mon corps a été marqué par les images du passé
    De ces essences sensorielles qui m’ont fait m’émouvoir
    De ces naissances communicationnelles qui m’ont fait naître
    De ces romances sensuelles qui m’ont fait être
    Mon corps a imprégné mon imaginaire de mille plaisirs
     
    Donnez-moi la clef de ma liberté
    Mon esprit s’est nourri de mille philosophies
    A la recherche d’autonomie
    Mon esprit n’est qu’une substance totalement dépassée
    Une substance condamnée à penser l’urgence de la quotidienneté
    Laminé par son incapacité d’habiter l’absence
    L’absence de Sens
    L’absence du sens de notre essence
    L’absence du pourquoi de mon existence
     
    Sans réponse je suis devenu un territoire occupé
    Où règne la guerre des désirs de mes passions
    Un territoire gouverné par la dictature des caprices de mon corps en action
    Mon imagination antilope ne peut plus envelopper  
    Ces savanes arborescentes aux potentialités verdoyantes luminaires
    L’alternance des joies et des peines fait de moi une girouette au sommet
    De la cathédrale de mes idées euphoriques et inconsistantes
     
    Je recherche cette terre d’asile
    Pour mon corps
    Mon âme
    Mon cœur d’homme en exil
     
    Libertaire impénitent
    Je veux rejoindre les vents de tous les continents
    Ne plus être ce mort vivant
    Dans ces territoires à la culture monolithique
     
    Je veux explorer les frontières de mes préjugés
    Reconquérir une pensée ithyphallique
    Avec mes souvenirs acajou perle de velours
    Ne plus être reconduit à la frontière pour avoir libérer mes rêves
    De son sommeil léthargique inondé des futilités contingentes
     
    Je veux déployer mes rivières de joie quadrille de nos exploits
    Sous un son hum riddim infernal
    Contre ces cimetières riches de fausse existence estivale
    L’arbre voyageur oiseau du paradis pour ma nouvelle terre d’accueil
    Et ne plus être expulsé pour avoir psalmodié des versets libérateurs
    Ancestraux transversaux, enceinte de nouveaux idéaux
     
     
    Donnez-moi la clef de ma liberté
    Je veux être ce réfugié aux portes de mon amour
    Mon esprit est cette orchidée éplorée
    Un climat délicat
    Un bercement de balançoire dans la douceur du soir
    Une promenade interminable sur la route de madison
    Chevauchant ces mascarades sur l’Allée Dumanoir
    Sous l’ombrage des palmiers étendus de nouveaux espoirs
    Ombilicaux à un nouveau monde d’écoulement laminaire
     
    Nous
    September 05

    Pleure de David Diop

    Pleure. Ta route est longue
    Pleure. Ton fardeau est lourd.
    Pleure surtout : Ta peau est noire.
    Et pourtant,
    Chanter c'est ta vie.
    Danser ta joie,
    Aimer ton désir.
     
    Paris, le 1 septembre 1956
     
    Edition Présence Africaine
    September 02

    Cache-coeur

     
    De nos cache-cache
    Douceur cachemire
    De nos va et vient
    Couleur du plaisir
    Notre histoire ne vient
    Que d'un élixir
     
    De nos corps à corps
    A corps perdus
    De nos va et vient
    A flux tendu
    Notre histoire ne tient
    Qu'à un fil ténu
     
    De spasme en orgasme
    Des marasmes ressurgissent
    De nos va et vient
    Nos fantasmes se réjouissent
    Notre histoire ne vit
    Qu'à deux corps qui réagissent
     
    De nos danses en cadence
    A deux pas de la décadence
    Notre histoire en déboire
    Ne tient qu'à deux doigts
    De la gloire
     
    Nous