Thierry's profileTipoulePhotosBlogLists Tools Help

Blog


    February 27

    Extrait d'intention poètique d'Edouard Glissant

     
    (Comme un peuple, peuplé d'hécatombes, que l'on séduit
    De la durée avare de sa tombe, comme vent qui se détruit-
    Que disent-ils de poésie, de se tenir ou d'épier, lorsque le bruit
    De la marée s'élit, et lorsqu'il faut tarir ce bruit? l'été
    Fut la pensée, idée nacrée, le pur produit de ton impureté.
    L'été sur toi est déhalé, l'ancre d'été nous a terrés
    Moi le navire et toi le quai! Moi épaisseur et toi durée.
      Voici,
    Je leur ai dit l'obscur réduit de notre harde. je leur dis
    Le roc non la scorie, ah l'eau tassée qui n'est de pluie !
    Et c'est réserve de science ainsi qu'un vin d'abîme en son enfance.
    Il faut quitter cette lisière et avancer dans les engrais
    La nuit encore dans nos reins n'a pas poussé son incendie
    Et nous n'avons troué la noire idée de notre bruit sur la marée.
     
    Ta plage brûle. Ses rochers l'eventrent. C'est le cru
    Saisissement. L'eau qui dérive enchante et tombe, et ivre, trop
    Sourde, d'errer ! Sur tes falaises que le feu gardait si pures
    De tomber-O je te cherche, je te cherche et je te crée
    Pure de me leurrer, marée ! Croyant saisir ton bruit,
    Comme un peuple tari dans son pays ou un noyé, noyé
    Dans l'épaisseur de pureté! Lors que me fuit l'opacité
    Je te vénère sur la terre qui ne bée qu'à son minuit.
      Voici,
    POur à l'idée parmi ce jour sacrifier ta nudité
    Je me lève sur la marée- mais je te cherche, tu me crées
    Pays marri de plaies. Que disent ils de te haler, de te crier ?
    Parmi l'avalement des acacias et des futaies ?- Tu crains d'aimer.
    Ta pureté est là impure et plus épaisse, où j'ai sombré.)

     

    Edouard Glissant extrait de l'intention poètique Edition Gallimard



    November 10

    Vers un soleil de Jean Sénac

     
    Je chante l'homme de transition
    Coeur abîmé, plaies
    Voyantes.
    Je récuse l'horreur qui nous a frappés à la source,
    La parole envenimée dont notre bouche a pris le charme.
    J'existe dans ma négation
    Pour avancer vers un peu d'eau.
     
    O Peuple !
    Révolution!
    Je chante l'homme arraché à nos flaques,
    La superbe santé,
    Le soleil vu de face.
    Je chante pour la main
    Vivante
    Dans ma main.
    Limpides sont alors les phrases du poète ...
     
    Edition La Bartavelle Editeur
    October 16

    Repos de Guy Tirolien

     
    Tourbillon de mots creux pris au lasso des vents contraires,
    ma voix est faible: un souffle. Si petit ce pays !
    Un peuple de zombis circule en plein midi.
     
    Avec le gout du fiel dans ma bouche,
    àmoi pour un instant l'eau fraiche du repos.
        A moi mon île naine
    Dans le duvet du nid, je me fais tout petit, tout petit,
        minuscule
     
    Lové dans l'oreille suave d'une conque
        marine,
    le pain doré d'une île à portée de ma faim,
    je change en mélodie les tumultes du monde
     
     
    Edition Presence africaine
    July 22

    Etait encore de Nicolas Bouvier

    Juste aussi haut que ton cerceau
    oisif était encore
    le singulier d'oiseaux
    le Zeppelin était encore un ange
    les mots nouveaux
    portaient leur costume du soir
    lundi et à demain
    étaient vêtus de noir
     
    Une paume sale nous semblait suffire
    pour ces sales larmes d'enfant
    car nous ne savions pas
    que nous étions déja tombés dans la vie
    tombés dans cette vie
    si douce et si tuante
    que personne jamais
    n'en reviendra vivant
     
    Genève, 1979 Editions Points
    July 16

    Mirabilis de Nicolas Bouvier

     
    Le miroir n'aura vu
    que la pierre qui le brise
    se blesse en s'étoilant
    Mémoire si cher acquise
    me ruine en même temps
     
    Hier c'étaient les barreaux
    aujourd'hui c'est l'échelle
    j'ai fait un quart de tour
    et tari le soleil à me souvenir d'elle
    avec deux bras autour
     
    Kyoto, printemps 1966
     
    Editions Points
    June 29

    Berceuse noire d'Amélie Nene

     
    Chante
    Chante ta meilleure complainte
    A l'enfant
    Frappé à mort
    Qui s'endort à jamais
    Berce
    Berce-le tout doucement
    Pour que son petit corps
    Meurtri par les balles
    Puisse connaitre
    Un léger soulagement
    Avant de rejoindre
    Nos Héros
     
    Edition Présence Africaine "Perles perdues"
    June 19

    Qui suis je ... De William Syad

     
    Je suis
    Pour toi
    Ce que tu voudrais être
    Au fond de Toi-même
    A l'instant
    Où ta pensée arrête
    Sa course
     
                     Je dis
                     Ce que Tu voudras
                     Dire
                     L'instant
                     Où ton âme
                     Animée
                     Voudrait dire des mots
     
    Enfin
    Je suis ton autre
    Toi-même
    Dans l'intimité
    Où se rejoignent
    Deux pensées
    Deux êtres
                     Toi et moi
     
    Extrait de Harmoniques
    May 14

    De soi-même de Clément Marot

     
    Plus ne suis ce que j'ai été
    et ne saurais jamais être.
    Mon beau printemps et mon été
    Ont fait le saut par la fenêtre.
    Amour, tu as été mon maître,
    Je t'ai servi sur tous les Dieux.
    Ah si je pouvais deux fois naître,
    Comme je te servirais mieux !
     
     
    Epigrammes, 1538
    May 05

    Vers un soleil de Jean Sénac

    Je chante l'homme de transition,
    Coeur abîmé, plaies
    Voyantes.
    Je récuse l'horreur qui nous a frappés à la source,
    La parole envenimée dont notre bouche a pris le charme.
    J'existe dans ma négation
    Pour avancer vers un peu d'eau
     
    O peuple !
    Révolution !
    Je chante l'homme arraché à nos flaques
    La superbe santé,
    Le soleil vu de face
    Je chante pour la main
    Vivante
    Dans ma main.
    Limpides sont alors les phrases du poète ...
    March 26

    Texte de Lucien Lemoine

    Ecartez de moi cette flamme
    Ecartez de moi cet enfer
    Que dit elle mon ciel ma femme
    Que dit elle en montrant ses fers
     
    L'absence elle a ses yeux pâlis
    Sa bouche qui ne fredonne
    Comme à cette femme d'Ulysse et son âme qui s'abandonne
     
    Ecartez de moi cette flamme
    Ecartez de moi cet enfer
    Que dit elle mon ciel ma femme
    Que dit elle en montrant ses fers
     
    Ecartez de moi ce bûcher
    Et ces mots faits pour mon supplice
    Ecartez de moi écartez
    De moi écartez ce calice
     
    Ecartez ce bourdon d'abeille
    Ecartez de moi ce bourdon
    D'abeille cher à mon oreille
    Amour je demande pardon
     
    Comment sans risquer tes deux mains
    Comment comment oses tu mettre
    Amour oses tu mettre enfin
    Tant d'amour brûlant dans tes lettres
     
    Ecartez de moi cette flamme
    Ecartez de moi cet enfer
    Que dit elle mon ciel ma femme
    Que dit elle en montrant ses fers
     
    Extrait de Le veilleur du jour, N.E.A
     
    March 18

    Epicentre des quatres chemins de Ernest Pépin

    Dans l'épicentre de ta lumière
    phosphorescence en folie
    de tendres tatouages
    frémissent
    alizés ailés
    sur la plage fauve de ton ventre
    et ma langue divague
                                   vague après vague
    au rythme de la constellation
                    de tes hanches
    Balaie
             à grands coups de ballets de fougères
             les nuages de la pesanteur
             beau feuillage flambé vert
             poteau mitan de cocagne
    Fluviale femme
    tu ouvres la saison adoslescente des seins neufs
    par dessus la cicatrice du temps
    bivalve
              la trompette de ton offrande
              aux quatre chemins de l'Amour
     
    Editions l'harmattan " Verso du silence "
    March 03

    Le visage et le temps de Jean Baptiste Tati-Loutard

    Je vis en silence ma parcelle du temps;
    Pourquoi me plaindre comme un grelot
    Au cou d'un chien errant ?
    Dans la nuit à fond d'étoiles
    Je fends ma voix de peine...
    C'est la pulpe d'une être qui sentait
    L'eucalyptus et la saveur de la mer
    Quand elle soulève sa rumeur.
    Dans une rue ravinée par les ans,
    Les traits de son visage sont épars
    Sur les briques des masures.
    Peut être dans quelque bouge
    Vit elle inclinée comme le jour
    Qui chancelle après la méridienne
     
    J'ai perdu mes élans à tant courir
    Les champs du monde;
    Je suis l'oiseau forcé de rabattre
    Les ailes...
    Maintenant je ressemble à la terre
    Qui est ronde de vertiges,
    Et je cherche un amour qui me tienne
    Comme elle dans le champ
    De quelque système solaire.
     
    Les normes du temps, Hatier, Paris 1989
    February 04

    Extrait de Laoka d'Edouard Glissant

    Tu es douce à celui que tu eloignes parmi lui
    Tel un sable trop chaud mêlé au sable de minuit
    Et comme main d'antan qui referme la nuit sans bruit
    Tu es douce à celui que tu désoles mais qui luit
    ...
    Tu énonces comment partager le matin et où
    Serrer ta nudité tu dénonces le lé
    Où le feu chante qu'il te crée
    Tu lances coeur laves coulée le sang rivé
    Dans ce cyclone que tu fais
     
     
    Editions Gallimard " Pays rêvé, pays réel "
     
    January 18

    7 versants 7 syllabes ...d'Edouard Maunick

                   I
     
    Si tu venais de toi même
    En ce lieu contradictoire
    Refaire fête de l'ébène
    Le métal des premiers temps
     
    Si tu essayais le rêve
    Avant que d'être inutile
    Avant le rebond du sang
    Avant la mort de ton père
     
    Ce pays était miroir
    La mer en guise de tain
    Les iles à suée de rames
    Des clefs se saignaient les reins
     
    Le bonheur était partout
    Et nulle part à surprendre
    Si tu jouais l'océan
    Une derniere fois sur terre
     
    Mais qu'est ce que la dernière fois
    Pour un poète sans race
    Son corps toujours se répète
    Parmi les témoins d'en face
     
    Il suit sans les découvrir
    Les chemins de la colère
    Son pays est ce pays
    Où tous les pays vertigent
    .....
    Extrait de Poèmes Présence Africaine
     
    January 10

    Extrait de Pays rêvé, pays réel D'Edouard Glissant

     
     
    L'Aveugle dont la main donne grâce de voir
    Loin dans la mort l'hosanna des bateaux
    Crie Ata-Eli la nue disgrâce de ma cécité ô Toute en nuit
    Est de ne dessiner pas autour du globe de mes prunelles
    Comme un enfant sertit son doigt dans l'orbite, tire
    Et son oeil pousse devant avec un crissement d'arbre
    La patiente végétation de ton sourire
    Elle, rivière blessée, le regarde crie en silence
    Ils s'allient par des sens dont nous avons perdu l'usage
     
    Editions Gallimard
    December 30

    Parce qu'une joue de Léon Gontran Damas

    Parce qu'une joue
    en appelle une autre
    voici que contre
    la mienne
    ta joue est là
    pour que l'une
    et l'autre
    en oublient
    et pardonnent
    toute inutile
    violence
     
    Présence Africaine
    December 16

    Pour toi et moi de Léon Gontran Damas

    Pour toi et moi
    qui ne faisions l'un et l'autre
    qu'un seul pris hier encore
    au jeu du noeud coulant
    à moins que ce ne fût
    au noeud coulant du jeu
    ou encore au jeu coulant du noeud
    voici que chante pour nous deux
    la rengaine de l'un sans l'autre
    tous deux désormais dos à dos
     
    Dos à dos je ne
    dos à dos tu ne
    dos à dos je ne sais
    dos à dos tu ne sais
    je ne
    tu ne
    nous
    nous ne savons l'un l'autre
    plus rien de l'un
    plus rien de l'autre
    si ce n'est ce grand besoin que nous avons l'un l'autre
    de ne plus rien savoir de l'un de l'autre
    défait
    dé-lié
    dé-noué
    le jeu coulant du noeud
    le noeud coulant du jeu
    le jeu du noeud coulant
     
     
    Présence Africaine
    November 30

    A mes enfants de Amélie Nene

    Le jour où la terre
    M'engloutira
    Je ne veux
    Ni pleurs ni lamentations
    Qui me torturent
    Et fassent me retourner
    Dans ma sépulture
    Où la loi du silence
    Me sera imposée
    A vos appels.
     
    November 24

    Atrocité d'Amélie Nene

    Que la peine est grande
    Que la peine est vive
    Devant ce petit corps
    Sans yeux
    Sans coeur
    Sans sexe
    November 13

    Méchanceté d'Amélie Nene

    Quelle pierre
    En toi
    S'est greffée
    T'a fait perdre
    Toute compassion
    Devant le malheur
    Qui a frappé
    A tes cotés
     
     
    Edition Présence Africaine